A Bordeaux comme ailleurs, le pitch est toujours le même.

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Les deux se pointent dans une université, s’invitent dans une conférence, bondée au possible. Ambroise descend l’amphitéâtre, se dresse sur le bureau, pendant qu’un cameraman filme la performance. D’une voix claire, autoritaire, sans aucune hésitation : « Il n’y a qu’une seule obligation. Être honnête. Vous n’avez aucune autre obligation… ». La tirade, extraite d’une pièce d’Harold Pinter, dure à peine plus d’une minute. Ambroise la conclut en buvant d’un trait un verre de champagne. Les deux filent aussitôt, indifférents aux réactions, diverses, de l’assemblée. Ils signent leur action avec quelques prospectus promotionnels, lancés nonchalamment. Dessus, aucun nom, aucun numéro, aucune adresse. Juste cette inscription : « UN POUR LA ROUTE ».

Cours pour les étudiants en pharmacie, université Victor Segalen, mardi 18 mars

Les étudiants viennent d’assister à une sorte d’happening incompréhensible, la promotion absurde d’un spectacle qui n’existe pas. Le personnage d’Ambroise est un tortionnaire, Nic « l’homme qui dirige ce pays ». « Forcément, quand je lance ça, ça accroche l’oreille. J’aurais pu jouer ce personnage froidement. J’ai choisi de le jouer snob, élégant, cynique. » Ceux qui voudront comprendre devront effectuer une recherche sur internet. Ils découvriront qu’Ambroise effectue un tour de France des universités françaises, que toutes les vidéos prises sont en ligne.

Les épisodes ne sont jamais vraiment les mêmes. Représentation après représentation, Ambroise laisse des indices, insiste sur certaines phrases de sa tirade, mime des personnages connus, façonne une sorte de puzzle dont les pièces manquantes sont éparpillées sur internet. A force de recoupement, on devine le sens profond de ces absurdes représentations.

D’un coté, l’allocution pompeuse de Nic, archétype du discours politique creux, peu soucieux du réel. De l’autre, le rire de ces étudiants, qui s’amusent d’un discours qu’ils ne comprennent pas et ne peuvent pas comprendre. Pendant quelques minutes, une allégorie de cette société spectaculaire : des marionnettes qui se passionnent pour des idéologies creuses. Dans la pièce d’Harold Pinter, (One for the road, 1984), Nic, avant d’abattre l’un de ses sujets, lance à loisir « un pour la route ! » . Expression vide de sens, qui relativise la gravité de l’acte en le réduisant à son aspect particulier. Ambroise ne fait que reprendre le concept : une fac pour la route, un discours pour la route, un mensonge pour la route. Ni vu ni connu. Et l’ensemble de cette mécanique versatile est révélé sur internet, à travers l’accumulation de séquences particulières.

Quand Ambroise aura exploité le concept dans sa totalité, il diffusera le dernier épisode d’Une fac pour la route. Celui-ci, qui justifiera tous les autres, réserve une chute inédite qui dévoile toute la signification du projet d’Ambroise. Tout est calculé, l’épisode est déjà filmé.

 

2 réponses vers “Nic, « l’homme qui dirige ce pays », s’invite sur les planches des universités”

  1. Romain a dit

    C’est trop bien votre truc

  2. Benjamin a dit

    Merci.
    Moi aussi je suis fan.

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